Ecole en dangé, Darcos m'a tuer ...

Publié le par Martin Arnout

Depuis maintenant plusieurs semaines, des mouvements de parents ou d'enseignants s'organisent contre ce qu'on peut appeler les « mesures Darcos ». Ce mouvement, particulièrement important en Loire-Atlantique, mérite de s'y intéresser. Les principales revendications portées par ces mouvements  nous interpellent en tant que parents, grands-parents, enseignants ou tout simplement citoyens de notre République. Ces revendications peuvent être synthétisées en trois points :

 

1- Un discours et une méthode contestables

 

Tout d'abord, il semble important de rappeler qu'une mesure phare du gouvernement a été annoncée à la veille des élections municipales. Il s'agit de la suppression de la classe les samedis, dès la prochaine rentrée scolaire. Cette annonce censée plaire aux parents-électeurs n'a été aucunement préparée techniquement (d'où les désordres prévisibles que nous évoquerons plus loin) ni même concertée avec les municipalités en charge notamment de la gestion des accueils périscolaires, des transports scolaires, etc.... La petite histoire de M Darcos a démontré que cette annonce ne lui a pas profité électoralement ... ce qui est le seul point positif de cette annonce précipitée.

 

Concernant les programmes revisités et applicables dès la rentrée 2008 (voir point 2), il est stupéfiant de constater que les enseignants n'ont pas été consultés puisqu'ils étaient retranscrits dans les manuel 2008 dès fin avril alors que la pseudo consultation a débuté le 31 mars ! Comment peut-on se moquer autant de l'avis des professionnels ?

 

M. Darcos a indiqué par ailleurs, dès la veille des grèves, que le nombre de manifestants et de grévistes n'influeraient en rien sur les mesures qu'il souhaite mettre en œuvre dès septembre. Cette stratégie remet en cause totalement l'expression démocratique que nous défendons, la même qui a permis tant d'avancées sociales dans notre pays. Cette tactique est doublée d'une stratégie de communication que l'on peut juger objectivement de très efficace puisque combien d'entre nous a pu voir aux informations nationales télévisées l'évocation des mouvements qui ont cours ici ou là ? Par contre, le déplacement récent de M. Sarkozy et de M. Darcos à Saumur a plus qu'été bien relayé par les médias.

 

Enfin, et c'est certainement le plus important, les modifications des programmes et des rythmes scolaires ne s'appuient sur aucune évaluation de l'existant, ce qui est en soi une faute grave, surtout en matière d'éducation.

 

2- Des programmes incohérents et emprunts d'une certaine idéologie

 

Les nouveaux programmes imposés reflètent une volonté d'accroître l'importance des matières fondamentales (Mathématiques et Français). 

 

Comment cette nouvelle exigence peut-elle être réalisable alors que d'une part le nombre d'heures par semaine (26 aujourd'hui) est réduit de deux heures (suppression du samedi, soit en moyenne hebdomadaire une réduction de deux heures) et que d'autre part les exigences de résultat sont accrues ?

 

Au total, les exigences sont alourdies et dénoncées par la communauté éducative alors que dans le même temps le nombre d'heures d'enseignement est réduit. N'est-ce pas un risque de voir les inégalités se creuser encore plus entre les élèves et de voir grandir la proportion de ceux en difficulté ?  Quelle cohérence entre les objectifs et les moyens  proposés (imposés)?

 

Plus subtile mais néanmoins encore plus dangereux, les nouveaux programmes remettent en cause totalement ce qu'appellent les professionnels le « sens des apprentissages ». Les nouveaux programmes ont en effet comme leitmotiv « les exercices » comme trame quasi unique des activités des élèves, au détriment de leur mise en situation de recherche, de leur expérimentation, de leur prise d'autonomie ou de la confrontation des idées entre eux.

Les nouveaux programmes imposent ainsi un certain « mécanisme » (un problème = une réponse standardisée) et ne font plus appel à la réflexion de l'élève. Les nouveaux programmes sont sur ce point en « rupture » totale avec les textes antérieurs. Comment peut-on s'autoriser un tel virage pédagogique dans une telle précipitation et sans aucune concertation ou évaluation ? Et au nom de quelle idéologie ? La performance n'est-elle pas l'objectif même de cette mesure ? Quels citoyens souhaitons-nous pour demain ?

 

Cette critique des nouveaux programmes est formulée très clairement et précisément par Bernard Achddou (inspecteur de l'EN et adjoint à l'inspecteur de notre Académie). Sur la question de la citoyenneté et de l'idéologie véhiculée par les programmes de M Darcos, M. Achddou évoque notamment la question de la morale à inculquer aux élèves :

« La dimension caricaturale est atteinte dans le chapitre concernant « l’instruction civique » par les leçons de morale s’appuyant sur des maximes ou des adages. Cette vision de la « préparation à la vie de citoyen » (cf socle commun de connaissances) [...] parait totalement surannée, irréaliste et surtout inefficace  si elle ne s’appuie pas sur « une appropriation progressive des règles de la vie collective ». L’exigence du vouvoiement  comme marque de respect paraît extrêmement  formelle et artificielle. La teneur idéologique de cette partie du texte est fortement dénoncée. »

 

Quand un inspecteur de l'éducation nationale est si critique envers sa tutelle, comment ne pas nous-mêmes nous interroger ?

 

 

3- L'abandon d'enfants en grande difficulté et l'encouragement aux cours privés

 

La suppression de la classe le samedi matin n'a pas été pensée ou alors l'a été trop bien. Elle se fera au détriment des élèves les plus en difficulté. Cette mesure symbolique et électoraliste s'accompagne d'autres mesures qui vont toutes dans le même sens. Pourquoi, comment, à quelles fins ?

 

Le nombre de postes supprimés cette année (et seulement cette année !) dans l'éducation nationale est voisin de 11 200 (alors qu'en Loire-Atlantique par exemple, 200 postes ne sont toujours pas pourvus). A population scolaire constante, il est évident que le nombre d'élèves par classe augmentera. Cette évolution peut-elle permettre de maintenir l'attention à porter à ceux qui subissent déjà le plus de difficultés ? Non. On peut aussi légitimement craindre que le nombre d’élèves en difficulté augmente sur le long terme, faute de suivi.

 

Dans le même temps, le nombre de postes attribués au RASED (Réseau d'aide spécialisé pour les élèves en difficulté) a décru fortement depuis l'année dernière. Aujourd'hui, ces enseignants spécialisés et formés prennent -à raison de ¾ d'heures par semaine (dans le temps scolaire)- des groupes de 3 ou 4 élèves par niveau pour les aider dans les domaines où ils éprouvent le plus de difficulté.

 

Malgré la suppression du samedi, ces élèves en grande difficulté verront leur nombre d'heures de présence à l'école stagner puisqu'il leur est prévu des cours du soir tandis que les autres élèves verront leur nombre d'heures de présence à l'école se réduire (Cf. plus haut). Plusieurs interrogations émergent alors :

-         Comment peut-on penser qu'une à deux heures supplémentaires de cours après une journée de 6 heures de classe pourra être efficace pour les élèves les plus en difficulté sachant que ces mêmes élèves auront, au même titre que les autres élèves, des devoirs à réaliser le soir à la maison ?

-         N'est-ce pas là aussi une stigmatisation supplémentaire pour ces élèves ?

-         N'est-ce pas là une mesure qui n'a que pour seul objectif : garder constant le nombre d'heures travaillées par les professeurs d'école malgré la suppression du samedi ?

 

-         Plus important encore : du point de vue qualitatif, peut-on penser que ce transfert à terme de la prise en charge des élèves en difficulté des enseignants spécialisés du RASED vers les professeurs des écoles non formés à cette fin est un progrès ?  N'y a-t-il pas abandon pur et simple d'enfants en difficulté ?

 

 

 

Par ailleurs, depuis les vacances de Pâques, une nouvelle mesure est entrée en vigueur : les stages pendant les vacances pour les élèves -non pas en grande difficulté- mais en difficulté, c'est à dire en direction de ceux qui ont besoin d'un soutien (un « coup de pouce ») en français et mathématiques. Ce soutien se base sur le volontariat des professeurs des écoles qui sont rémunérés en conséquence à travers des heures supplémentaires. A cela, plusieurs remarques et questions d'ordres différents :

 

-         les parents peuvent refuser ces cours de vacances. L'école reste-t-elle obligatoire dans ces conditions ?

-         le volontariat n'est-il pas une manière déguisée d'encourager les enseignants à travailler plus pour gagner plus .... ou plutôt travailler plus pour ne pas perdre trop. Ces enseignants peuvent en effet se retrouver contraints à accepter ces heures supplémentaires puisque que leur rémunération de base augmente moins vite que l'inflation depuis des années.

-         N'assistons-nous pas ici à la mise en place progressive de cours privés (choix libre des parents et des enseignants) pour des élèves de l'école publique, cours privés financés par l'Etat ? N'est-ce pas là une façon d'encourager à terme des cours totalement privés en dehors des journées scolaires ?

 

 

Nous sommes face à une remise en cause radicale de notre politique en matière d'éducation nationale. Les principes fondamentaux de l'école républicaine sont ici bafoués purement et simplement à travers cette multitude de réformes informes et pernicieuses. Il nous faut toutes et tous nous mobiliser maintenant, à la rentrée prochaine il sera trop tard.

Parents, enseignants ou élus sont invités à débattre dans le cadre de « la nuit des écoles » qui se déroulera le vendredi 13 juin dans toutes les bonnes écoles près de chez vous…

 

 

Martin Arnout

 

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L
A Martin Arnout,<br /> <br /> Sur le troisième point de votre commentaire, il faudrait également se poser la question du bien-fondé pour l'enfant de cours supplémentaires hors périodes scolaires. C'est encore stigmatiser certains enfants qui auront leurs vacances amputées contrairement à d'autres déjà privilégiés par leur réussite ( dans un système éducatif où la compétition tient déjà une grande place), et c'est mépriser aussi que l'enfant a besoin d'autre chose pour se développer qu' un apprentissage scolaire.<br /> Plus de temps passé à absorber des contenus dans un système contraignant n'est pas faire du contenant un être épanoui. Je pense que l'enfant apprendra plus sereinement à vivre sa "vie de citoyen" à travers des activités périscolaires, sportives, familiales qui lui apporteront l'épanouissement nécessaire à son développement. Un enfant a besoin d'un autre temps d'apprentissage que celui de l'école. Mr Darcos ne doit pas avoir eu le temps de jouer, de rêver, de s'ennuyer pour vouloir remplir le cerveau de nos enfants comme du "temps de cerveau disponible"...<br /> Le problème étant fondamentalement de quoi on les "remplit"...
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